Question 59 bis année 2013

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Question 59 bis année 2013

Message par anthony.moulin le Mer 15 Jan - 20:05

N° 59 : Qu'est ce qui peut déterminer un pays émergent à laisser libres ou à réglementer les opérations de change entre ses agents économiques et le reste du monde ?
Intro :
L’appellation « pays émergents » désigne l’ensemble des pays en développement dont l’économie est en transition, de l’exploitation agricole à l’industrialisation. Parmi eux, les pays les plus représentatifs sont sans doute les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine.) Ces pays, utilisent de nombreux leviers économiques (sous-évaluation de leur monnaie, main d’œuvre bon marché, législation souple) afin de favoriser leur croissance. Parmi ces outils, certains ont également recours la réglementation/déréglementation de leurs opérations de changes avec le reste du monde, comme ce fut le cas en Europe dans les années 90. La réglementation des opérations de change ou « contrôle des changes », recouvre l’ensemble des « mesures prises par un gouvernement pour réglementer l'achat et la vente de monnaies étrangères par ses ressortissants ».
Le contrôle des changes s'exerce par plusieurs procédés :
« – interdiction ou limitation de tout achat de monnaie étrangère qui n'est pas justifié par le règlement d'une importation autorisée ;
– présentation à l'autorité compétente des documents établissant la réalité de l'importation ; après vérification, l'importateur effectue le règlement dans sa propre monnaie, et obligatoirement dans une banque qui assurera ensuite le transfert au vendeur étranger ;
– obligation pour l'exportateur, ou pour le créancier de tous autres revenus provenant de l'étranger, de « rapatrier » les fonds, c'est-à-dire de les faire verser à une banque qui le réglera en monnaie du pays ;
– interdiction ou limitation de toute exportation de billets de banque, et obligation de vendre à une banque, en rentrant dans le pays, les billets étrangers que l'on détient ;
– restrictions ou conditions imposées à l'exportation des revenus provenant d'investissements faits dans le pays par des étrangers. »
Nous verrons dans une première partie quels sont les avantages liés à la disparition du contrôle des changes. Dans un second temps nous étudierons quels sont les pays qui sont s’y opposent et pour quelles raisons.
I – Les avantages liés à la disparition du contrôle des changes dans les pays émergents
A – Les objectifs visés
- Suivre les recommandations des organisations internationales pour l’aide au développement (Banque Mondiales, FMI) et regroupées dans les idées du consensus de Washington
o Parmis les « dix préceptes » du Consensus de Washington de 1989 déterminés par l’économiste américain, John Williamson (Issue du courant Libéral de l’école de dont le plus grand représentant est Milton Friedman.) on retrouve :
3 Action sur les taux d’intérêt par l’intermédiaire d’une politique monétaire équilibrée : il s’agit à la fois de rompre avec les facilités de monétisation de la dette publique, de stimuler l’investissement de l’épargne locale dans des projets efficaces et porteurs d’avenir ainsi que d’attirer les investisseurs.
4 Un taux de change unique et compétitif, pour que les exportations se développent et pour que les investisseurs étrangers soient intéressés à des implantations de longue durée.
5 Libéralisation de l’économie et, en particulier, suppression de toutes les entraves à la liberté du commerce en général et du commerce extérieur par-dessus tout les corps et les règles intermédiaires ne sont que sources de coûts inutiles et de freins à l’initiative entrepreneuriale.
6 Ouverture aux capitaux et investissements étrangers afin que l’économie profite de la compétence et des ressources technologiques des entreprises étrangère.
9 Abolition des barrières à l'entrée ou à la sortie sur les marchés de biens et de capitaux.

o Ces principes sont aujourd’hui largement appliqués par le FMI et la Banque Mondiale
- Exporter plus pour tirer leur croissance comme l’ont fait les dragons asiatiques (Hong Kong, la Corée du Sud, Singapour et Taïwan)
o Lien avec la théorie économique ayant guidé ces principes :
 Principe de division internationale du travail, selon les théories Ricardienne
 Chaque pays doit se spécialiser là où il a un avantage comparatif. Pour les pays émergent, cet avantage se situe dans le faible coût de leur main d’œuvre.

B- La libéralisation du contrôle des changes chez la plus part des pays émergents

- La plus part des pays émergents abolissent le contrôle des changes :
o Russie (06), Mexique (87)…
- Les pays où existe un contrôle des changes sont connus sous le nom de « pays de l'article 14 », selon le nom de la disposition figurant dans l'accord du Fonds monétaire international permettant un mécanisme de contrôle des changes pour les économies en situation transitoire. Ils sont plus devenus l’exception que la règle.
- Effet positif dans les années 90 : les pays en développement redeviennent à nouveau importateurs nets de capitaux. Les fonds versés tendent à changer de nature. Les capitaux privés prennent le relais des fonds publics, tant les investissements directs que les placements financiers. De plus, les investisseurs institutionnels (fonds de pension américains et compagnies d'assurance japonaises) se substituent aux banques, dans le cadre de la finance directe. Le processus d'intégration des marchés développés et émergents a fortement contribué à développer les activités financières. Le marché financier global ainsi constitué permet aux investisseurs d'arbitrer aisément entre les différentes opportunités d'investissement, et des masses de capitaux considérables passent d'un État à l'autre dans le cadre d'une stratégie d'optimisation maximale des placements.

II – Les inconvénients liés à la libéralisation des changes
A – Les craintes liées à la disparition du contrôle des changes.
Certains pays souhaitent éviter les risques suivant :
– Sur le plan financier : empêcher les achats excessifs de monnaie étrangère de contribuer à la dépréciation de la monnaie nationale et d'aggraver le déficit de la balance des paiements.
– Sur le plan économique : entraver les importations de produits susceptibles de concurrencer l'industrie nationale, et réserver les achats de devises étrangères au règlement des importations jugées les plus utiles et les plus urgentes (biens d'équipement, matières premières, par exemple).
– Sur le plan de la fiscalité (ou en cas de crise): empêcher l'évasion des capitaux et des revenus taxables.
+ Des exemples de crise qui peuvent faire peur :
Ces capitaux destinés aux marchés émergents ont tendance à être instables : ce sont des placements spéculatifs à court terme qui peuvent quitter le pays d'accueil s'il y a une baisse du taux de change ou en cas de chute des cours. Ainsi, l'Asie reçoit 81 milliards de dollars nets en 1996, puis perd 97 milliards de dollars en 1997, et encore 69 milliards l'année.
- La crise mexicaine de 1994
Pour attirer les investisseurs, le Mexique s'est donné comme priorité la lutte contre l'inflation et la stabilité du taux de change par rapport au dollar. Or le peso mexicain se trouve être surévalué en raison du déficit des échanges extérieurs consécutif à l'ouverture des marchés. A la suite d'un déficit extérieur record, le gouvernement mexicain se résout malgré tout à dévaluer la monnaie de 13 % le 20 décembre 1994. Il en résulte une crise de confiance des investisseurs qui commencent à spéculer à la baisse. Le 21 décembre 1994, le gouvernement doit laisser flotter sa monnaie et celle-ci perd plus de 60 % de sa valeur. De monétaire, la crise est devenue financière, bancaire puis économique. La crise s'étend ensuite à d'autres pays émergents, dont l'Argentine, même si sa situation était un peu différente (croissance économique plus forte et inflation plus faible). En Asie, d'autres monnaies sont attaquées : à Hong Kong, en Thaïlande, Indonésie et Singapour. La crise mexicaine provient de la contradiction entre un taux de change fixe et un déficit des échanges extérieurs. Cependant l'ampleur de la crise est disproportionnée par rapport à la situation réelle de l'économie mexicaine. Elle s'explique par les comportements mimétiques des investisseurs qui ont perdu confiance dans la conduite du gouvernement. Ceux-ci prennent conscience de la fragilité des économies des pays émergents, et en particulier de l'incompatibilité entre une monnaie surévaluée et un financement extérieur par des fonds à court terme à vocation spéculative
- La crise asiatique de 97 :
Les économies asiatiques en 1997 semblaient entraînées par un élan de croissance continu, sous l'impulsion de huit pays : le Japon, suivi chronologiquement des " tigres " ou des " dragons " (Hong Kong, Corée du Sud, Singapour, Taïwan), puis de la Thaïlande et de la Malaisie, dont le décollage économique date des années 80.
En 1997 éclate en Asie une crise de change très violente, initiée par la dévaluation inattendue du bath thaïlandais, le 2 juillet 1997, et suivie d'une spirale de dévaluations qui frappent à peu près toutes les monnaies des autres pays d'Asie, traduisant une défiance extrême des marchés financiers à l'égard des pays concernés. La crise financière qui a suivi a entraîné une forte récession dans l'économie réelle des pays touchés et s'est étendue à l'ensemble des marchés mondiaux de capitaux.En Asie, ce sont tout d'abord les " bulles spéculatives " financières et immobilières qui sont à l'origine de la crise - des logements neufs construits pendant la période d'euphorie des années 90 sont restés vacants lorsque la bulle immobilière a éclaté - mais aussi les déficits de la balance des paiements. Ces déficits sont courants dans cette région où plusieurs pays montraient des signes de faiblesse : investissements lourds dans des opérations immobilières hautement spéculatives et surcapacités immobilières, notamment en Thaïlande, baisse des exportations due à l'appréciation du dollar et de la concurrence de plus en plus rude de la Chine. La crise asiatique revêt une dimension systémique évidente : qu'y a-t-il de commun en 1997 entre une Indonésie encore fortement dépendante de ses matières premières et la Corée, puissance industrielle membre de l'OCDE ? La crise s'est répandue comme une traînée de poudre, portée par la logique moutonnière des marchés.
- La crise financière Russe de 98 :
Le 17 août 1998, après avoir tenté de défendre sa monnaie sans succès, le gouvernement de Russie annonce qu'il laisse le rouble se dévaluer et qu'il suspend pour quatre-vingt-dix jours le remboursement de sa dette extérieure. Cette crise semble répondre à des critères classiques de crises financières : déséquilibre budgétaire hors de contrôle, endettement public élevé, inflation non maîtrisée, comptes extérieurs très déséquilibrés. La crise de défiance se propage rapidement. Entre le 15 juillet et le 15 octobre, la Bourse de Moscou perd 80 %, celle du Brésil 57 %, Francfort 37 % et Paris 32 %. La Russie est la première victime non asiatique de la crise financière de 1997. Le pétrole représentant son premier poste d'exportation, la Russie a souffert de la contraction de ses ventes en Asie. Dans le même temps, la Russie a subi un retournement de confiance général des investisseurs pour les marchés émergents, et une fuite des capitaux. Le système financier international est exposé à un risque grave de rupture lors des crises de l'automne 1998. Un effondrement n'a vraisemblablement été évité que grâce aux interventions officielles qui ont pris deux formes. Tout d'abord le sauvetage du fonds spéculatif américainLong Term Credit Management (LTCM) afin que le dénouement de ses positions spéculatives, qui aurait été la conséquence normale d'une mise en faillite, ne déstabilise pas le marché. Ensuite la Réserve fédérale a assoupli les conditions de liquidité aux États-Unis en procédant par trois fois à la diminution de ses taux directeur
B – L’exemple Indien et Chinois.
Dans les économies fermées ou partiellement fermées, la Banque Centrale contrôle la quantité de monnaie pouvant être achetée ou vendue sur les marchés, et donc est en mesure de contrôler la parité de sa monnaie.
- La chine a observé tout au long des années 90 un régime de change cohérent avec le triangle d’incompatibilité de Mundell. Selon sa théorie, on ne peut avoir de politique monétaire autonome en régime de change fixe si la mobilité des capitaux est forte. La chine a fait le choix de limiter les mouvements de capitaux pour préserver son autonomie monétaire malgré l’ancrage de sa monnaie sur le dollar.
Les autres pays émergents de la région avaient au contraire fortement libéralisé les mouvements de capitaux et leurs régimes de changes fixes ont volés en éclat en 1997.
Ajoutons que si les craintes de la chine sont économiques, elles sont aussi surement politiques. La Chine ne veut pas voir les idées libérales se propager en même temps qu’un éventuel assouplissement de son contrôle des changes, comme cela a pu être le cas dans d’autres pays.
- L’inde : La roupie n’est échangeable qu’en Inde et les autres bureaux de changes dans le monde ne peuvent pas en fournir. Aujourd’hui elle se trouve dans un système de « Dirty trinity » : contrôle des mouvements de capitaux, objectif souple d’inflation et cible effective du taux de change stable mais flexible.
Le gouvernement indien se méfie des investisseurs qui recherchent uniquement une rentabilité de CT comme ont pu le connaître certains pays asiatiques. Ils craignent une fuite des capitaux en cas de crises comme cela s’est produit dans beaucoup d’autres pays émergents. Cela provoquerait un effondrement de leur monnaie, et par voie de conséquence, de l’inflation importée…


anthony.moulin

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Date d'inscription : 20/11/2013

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